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HUITIEME TOMBEAU

 

                                    (BOBECHIEN)

 

 

... Dont je ne suis plus le Jésus.

J’ai récupéré mes carnets dans la bauge des gorets

Je rentre en moi‑même

Dans la villa Te‑tou‑Moa, je suis le trahi‑chien

Et je laisse les rivages amers aux troupeaux d'assoiffés

Je suis outre‑terre et père et mère

Réfugié au pays des bergers illettrés.

Ils me disent avec, en main, le bois pour le feu :

Rentre plus creux, tu es chez toi

Et reste au moins demain encore.

Soigne ton cor au pied, et assieds‑toi.

Avant que tu sois là, je pensais à des choses

Pour quoi les mots me manquaient parfois.

Tu veilleras le troupeau par la fenêtre.

Aussi bien que moi,

Mais l'important qui te trottait en tête ?...

Crois‑tu que je te l'ai laissé au fond du placard bancal

Près du verbe culotté et de l'assiette ébréchée ? – Non.

Il est ici, sur le papier que je te froisse au nez

En te disant narquois :

Essaie‑donc un peu d'être‑moi, en lisant mes poèmes.

Juste pour voir à quel point moi c'est toi,

Cher Gégène que les gènes gênent bougrement,

Quand la lune est pleine, qui, dans sa sagesse ronde

Te dit que tu n'es guère différent du bélier brute bête

Si tu ne gardes ton chapeau d'humain sur la tête,

Et tes socquettes dessinées tressées taillées

En machines électroniques, par puces astucieuses,

Quand tu baises la plus tendre des agnelettes

Aux dents à peine brouteuses... Et...

Puisque moi, Malotru, j'ai enfin la parole libérée

Du rémoulage des Bobèches jetés au ravin

Alors que j'ai sauvé mes papiers

Gratifiés de graffitis et bruitages de crécelles

Couverts, en marge,

De ses retrottinages de mots et d'idées d'imprimeur ;

En garderai l'odeur pain et fromage seulement,

– Parce, qu'au fond, c'est quand même une image

De ce que m'entendit dire ce con – Ce Con !

... Qui a cru que j'errais de France en France

En quêtant brin de vérité en forme de séneçons rares. Point.

Du tout. C'est dans les âges que je nage. Humainement.

J'y remonte le flot dense d'une poésie

Qui est les éveils des sens et les pensées mêlés

Allons souquons, puisqu'il faut ramer en souvenance

Sans trop piquer les pelles dans les iris...

En mon âge premier :

J'ai très bon souvenir des Noëls du temps jadis

J'ai très bons trucs en « ance » des Noëls de mon enfance

Les ai laissés fleurter. Ont fait un petit : c'est moi

Mais du bistrot de l'Hortense

Quand mon adolescence apprenait à boire la vie

Je m'en souviens si bien !... Comme si ce s'rait demain

Que j'irais y chercher mes copains.

Tous affublés d'amitié, à la vie à la mort

Pour le si grand plaisir – qu'on ignorait pourtant –

De s'regretter encore – malgré que soit venu le temps

De se mentir déjà avec de fausses dents

Et de ne plus pouvoir ‑z‑y mordre aux fesses

Cette blonde déesse au large cul

Qui – c'est vrai quoi, et c'est l'excuse –

Ne pensait pas encore, l'exploitrice de nos sexes,

A Pédéger des affaires de plastique et nylon.

Premièrement il y eut l'Eve et Adam, l'Instituteur

Sur lèvres rebroussées, méprisamment –

Tueur de nos attentes en vers gnangnan mignons.

Sous le coup des rimes mal arrimées !

S'instruire, ou se le laisser faire,

C'est le risque à courir, de côtoyer l'Enfer !

Ce fut, premier poème, d'amour évidemment :

…………………………………………..

Les fleurs de tes cheveux, en jouant ‑ à la ronde

Et ton sourire ensemble

Voulaient m'ouvrir le monde...

…………………………………………..

J'avais quinze ans déjà ! Et toi... presqu'autant !

Passons aux printemps dorés et retrempés

En averses et soleils mal liés.

Il a bien fallu qu'il s'y fasse à la vie,

Le boiteux‑tordu, futur faiseur de vers

Qui regardait dans les yeux l'herbe incongrue,

Levée d'entre les pavés,

Malgré les soins de son copain le mal foutu,

Le sous‑cantonnier municipal remplaçant,

Muni de sa binette et de son litron

D'avant les désherbants chimiques.

Mon horizon branlait juste au‑dessous

De la ceinture nouée flottante des filles du catéchisme

Et, en grandissant, ça rondait, rondait

La valse de tous les temps, qui disait, comme ça :

« Le destin, pon pon, c'est un moins que rien, pon... pon »

C'était du Sartre et du Prévert,

En mélange : valse des grand‑mères et des fleurs

C'était la valse à Bébert, et celle des grands‑pères

Va‑donc‑t’y retrouver ? !

C'était assez joli

A de vieux cœurs de camionneurs restés frais

Comme un camembert au congel‑réfrigérateur.

C'est à cette heure, que j'écrivis ce texte

Chanté dans toutes les boîtes de nuit,

Qui faisait pâmer les bougresses

Et bander leurs vieux bourgeois amis.

Vous rappelez‑vous le refrain coquin ?

(Je faisais l’artist’, et le chantais moi‑même)

« Coco – o – oh !...)

« Tire ses fesses :

« Faut qu' je fasse mon p'tit boulot :

« Ça n's'ra guère qu’la centième adresse

« A classer aux « chocolats Freinot »

Et les couplets… qui nous les coupait ras des mollets ! ?

Il en est passé du vin dans les verres des copains

Et dans le mien, où

Plus que jamais il n'y aura du lait

Je suis en maison,

De retraite. Pour vieux poète‑bon‑à‑rien,

Comme une putain d'dix‑neuf cent vingt.

Aux mains des sœurs expertes recouseuses de braguettes.

Je file doux au réfectoire arlésien.

C'est le prix à payer le pain noir (1)

« Pro – me – nad’ ! » Promener, mon fieu !

C'est trois syllabes interminables pour les vieux cafardeux.

Je descends plus bas (en moi ? ? – non ! serait impossible)

Dans la ville, je veux dire :

Au long du Rhône, en contournant les civilisations antiques

En délaissant la‑nôtre, en toc, comme tu dis avant moi.

D'ailleurs l'était minable, avoue‑le, ton jeu de mots

Comme nous le sommes, nous les gueux de l'hospice Van Gogh

Qui de tours et détours, tours de cons trop en fîmes

Pauvres cloches effondrées sur les marches

Du cloître de St Trophime

Au premier soleil du dernier matin, jusqu'

Au soir fauve et sanguin.

Le vieux copain s'y est éteint

Avec l'ombre à plat de son recoin de marches.

 

 

–––––

   (1) Pas vrai, mais rime mieux que « blanc » avec « 1920 ».

 

Il fut médecin sans diplôme dans des venelles malgaches.

S'est regardé s'époumoner son pouls.

Se dessouder ses os, se décercler le cervelet primaire :

S'amusait d'un rien, à dire vrai !

Pour le grand repas d'enterrement

Exsudé de la vente d'une chevalière endiamantée

Je n'ai pas changé de linge.

Pas plus que les compagnons porteurs du mort,

Et de vin bleu et de voix rauques‑roquettes.

Je n'ai pas changé de visage non plus.

Quand la bonne‑soeur l'a dit qu'

Pour le lavage, le repassage, la sagesse,

N'était pas doué l'ami sans‑frontière.

J'ai pensé qu'il était méritant d'un cent de Paradis,

Car sous prétexte de vin de messe,

N'allait‑il pas jusqu'à lui caresser la fesse ! ?

Maudit ! ! Pour ce jour‑dit, exprès,

J'ai gardé aussi mon odeur un peu bouquine

Qui excite sur sa chaise la gamine du concierge.

On nous offrit l'encens, les cierges,

Ornementés de boniments écœurants

Dans des vagues de pâtés de campagnes préhistoriques

Où étaient égrenés fin des parfums de térébinthes.

Et puis on défit les ceintures,

En raclant nos chaises sur les tomettes

Jusqu'à dehors devenu frais et blet.

C'était un soir d'usine,

Avec de gros points noirs autour d'un grand nez

Du côté des cités ouvrières du bord de la basse Durance,

Endurées aux anses de l'étang mort,

Au pied du temple sacré qui fut sacré temple en son temps

Et consacré au culte du culte des temples.

Faisons deux pas péripatéticiens en gouines roro‑mèmène

(Ce vieillard gâteux veut dire : les ruines gréco‑romaine *)

Lèverons le pied, tels Socrate et Platon pétant en chœur

Ainsi, allons jusqu'à la pierre gravée

Est‑ce aujourd'hui qu'on va la déchiffrer

Avec ses traits retaillés...

 

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