télécharger

DOUZIEME TOMBEAU

                                 (DES TOMBEAUX)

 

 

L'Humanité vaut‑elle qu'on se démène

Pour ce déménagement, changement de galetas ?

L'excuse millénaire aux pires démangeaisons ?

C'est ça : Le doigt dessus : Dans un autre cabanon

Plein d'aérations pour oser faire ses crottins intimes

Au grand milieu de ta maison d'humaniste.

Pour te foutre l'envie, à défaut de pruneaux,

Tu as le choix entre le devoir, le respect, l'obligation,

La retenue, le droit, la gauche, la haute idée de soi,

La moche, la modestie pète‑en‑soyeuse

Qui est l'emballage vitreux des idées orgueilleuses

La pâle essence d'une existence claire

Qui saura seule, dans le bon air,

S'il y a, ou non, odeur de cabinets

Mêlée à l'odeur cuivrée qui persiste

Après la pluie d'étoiles. Oui. C'est fait, c'est dit

En toute modestie : se coucher en haut des marches

Et y mourir pas plus haut que papa, pour imiter les papes,

Pour emmerder ceux qui, mon grand corps sur les bras,

Surveilleront leurs pas rendus craintifs par les apéritifs.

Ce sera un beau soir : jamais poubelles

Dans leurs yeux laiteux n'auront eu

Tant d'Ether espéré... si bel et bien venu,

Sauf, peut‑être, celles attribuées

Aux bancs d'essai des moteurs universitaires

A deux courtes cuisses mini‑jupées du poste opératoire

Où les informateurs de chaînes informatiques

Coupent les couilles à la Vie

Quand tombent, – raides dans le soir gris –

Les diagnostics des préfets en habits :

« Il attendra pour qu'on l'enterre, qu'on enquête ! »

Il viendra des gens

Dans ma ville à moi où sont mes rues,

Qui en sauront plus, comme je l'ai cru aussi,

Et je salue, seul, Moi, Robin des bois aux oubliettes

Ta boule farcie de ciboulette.

Qu'on soit vivant ou à la morgue,

On ne sait rien des salopards et des grands froids.

La rivière remue les épaules des saules,

Consciencieusement, à tour de rôle, et sans raison

Et sans raison chacun fait son numéro drôle.

On dit qu'Ursula, la fée se noya‑là.

– Est‑ce pour elle, les ronds des poissons ?…

Les disciples de Loyola disent non,

Cette fée n'existait pas, – mais nous en proposent d'autres –

En Amont, en Aval, et gare à qui contredirait

C'est pourquoi, moi aussi, je fais mon prêche

Pour faire passer le temps, en attendant l'enterrement

Oyez, bonnes gens... Quand seront venus les temps

Niveleurs et nouveaux, tout chauds du dernier saccage

Où s'en iront moudre

Au moulin communal, les catins de village,

Le grain surfin des pucelages d'enfants de chœur :

Quand la tiédeur des nuits d'insomnie,

Quand le mal au cœur, au pubis, au pénis,

Fera ménage avec les nuages en nids doux

Alors, en vérité je vous le dis :

Quand l'abreuvoir à mouches

Au bord du bureau noir

Sera empli de vinaigre infâme

En lieu et place d'encre sympathique... ?

Alors... ? Alors je vous le dis :

Quand les porte‑clefs

Danseront seuls sur le marbre des bars,

Trempés de glin‑glin au son des purs glaçons

Tout pétant de fierté dans leurs crachoirs dorés,

En vérité c'est con, j'ai oublié, les gars !

Pourtant, j'ai comme l'impression que c'était important...

C'est vrai hélas, ma briquette est fêlée

Ce roulement a des billes carrées et n'est pas à sa place,

Qui brutalise les arpèges de ma guimbarde... Mais

Qu'est‑ce qu'il en a jamais

A foutre des entichés de belle logicielle,

Le traîneau de nos chères idées d'outre‑neige ?

Dans l'attente de notre mort officielle ? ?...

Le convoi monte au Mont‑aux‑lièvres

Par le sentier où sont les fées et les grands cerfs.

Derrière la camionnette des nonnes du couvent

Un malchanceux, en pèlerinage expiatoire

Pour avoir écrasé un enfant d'agent et sa maman laitière

(Tu peux t'asseoir un moment, on va te la laver

Ta belle âme au tréfonds : tu peux jongler

De ton œil de verre, ami ; je suis seul à savoir)

Puis suivent trois ânes, de compagnie.

Sans cri, sans conducteurs. Pas du genre qui renâcle.

Sexe caché sous large fesse :

Des ânes pleins d'idée et de.délicatesse.

L'un d'eux est nu, qui fut trop battu.

Il va en chairs roses et violacées...

Au volant de son van la nonne espagnole

A sombré dans un sommeil où les anges

Du vitrail viennent en soie royale l'épouser.

Stop dans la rocaille : le fossoyeur y mange et boit.

On jette sur le cercueil des feuillets du recueil.

Tout courbé sur le Saint Suspensoir,

– Dieu me corne‑bouge ! C'est l'orage, dit l'abbé

Quelques nonnes de tout âge ont ce soir les yeux rouges.

Il faudra qu'un jour proche, en un prêche bien senti !...

C'est tout ce qu'ils en eurent

Du Malotru qui mourut en intrus ici‑bas.

Entré par les fissures de leurs idées bloquées,

Pourtant, son seul enseignement le fait ami des rois

Amateurs de serrures.

Car il en a volé les clefs.

Les poèmes du Père Malotru
page d'accueil adrien bobèche
sa vie, son oeuvre page précédente page suivante
les fables d'adrien  
poèmes du père malotru
les nouvelles d'adrien
du même auteur
écrire à adrien
réalisation marina.deleplace@wanadoo.fr