télécharger

DIXIEME TOMBEAU

 

                                    (D'EVASION)

 

 

Ne souriez pas d'espoir...

Et rien qu'à l'idée de ces exploits virils,

Le nez se dégage, en mufle de taurin.

Le vin est fin de goût et léger au ragoût

La fille facile file avec célébrité vers la cuisine.

Au bras d'un filet d'air frais...

Laissez‑moi ma sœur abandonnée, vivre ce moment de fuite

Avec ce bruit agaçant, puis berceur

Du train de marchandises à 30 km à l'heure.

Je suis déjà à mi‑chemin. Ecoute,

Mon vieux, ce bruit de ville du centre du pays.

Ecoute le vent dans les rues d'Issoudun

Aux jolis noms romans et bruns

Ecoute ce vent qui soudain grince des dents.

Rue du Vent qui pleure, Souviens‑t‑en,

Il s'est perdu un enfant de chœur.

A deux pas d'un passant qui ramasse le crottin à la pelle.

Qui s'aperçoit qu'il n'a pas plus de géranium en pot

Que d'harmonium à vaisselle, propre ou sale

Se dit d'ailleurs qu'il en jouerait très mal

N'ayant plus d'oreille (trop prêtée aux ragots.)

Alors – et c'est logique –

Il rappelle le cocher. Qu'il lui reprenne ce crottin !

Et qu'il lui paye un peu son temps passé à rien !

C'est pour – ce sera – pour élever ses enfants,

– S'il peut un jour, jouir, évidemment, –

 Puisqu'aussi bien, il l'a perdu, son temps !

Tout comme lui y perdrait sa semence, c'est sûr,

En les faisant, ces salauds d'ordures‑là.

Trop de vent, devant, derrière.

Cocher n'y comprend rien, à ses gestes mal placés

Refus net – en a entendu assez –

Rufus, le cheval hongre, gronde et pétarade

Sa fière colère en courant d'air, sous la queue.

Coup de fouet, sur les reins :

S'arrachent fiacre en grinçant, et bourgeois transporté.

On laisse dans l'ornière l'enfant de chœur broyé

Par les roues et par les pieds piaffants

C'est comme une boue fleurie de procession polonaise.

Bourgeois de nouveau secoué, repu et âcre,

Sacre, Sacre‑Dieu, Bleu, et blatte en long

Et déblatère. Rabouille. Bafouille en large

Derrière le store balzacien à système enrouleur.

N'a rien compris. Le déclare bien haut au cocher

A travers le hublot : rien à comprendre aux soûlauds.

Un vrai et un faux‑soyeur relèvent l'enfant de chœur.

– N'en a plus d'ailleurs, de cœur –

Pour le faire rire, faut lui dire qu'il est

Devenu enfant de cul‑de‑jatte, le cul‑dans‑le‑ruisseau.

T'es encore en vie Petit. T'es raccourci, c'est tout...

T'as encore du pot, tu sais ! Renifle et mouche ! La Vie

C'est tarte, même avec du beurre. Et pire, souvent.

La Vie, c'est tout coulant, tout miel, parfois,

Pour l'oiseau confiseur du bord du toit marin

Friseur de baisers fins de l'aurore au soir de sucre brun,

Coutumier d'assauts dans les plumes de Margot,

Sa femelle, que la chaisière lui a trouvée, elle.

Car elle, sait ce que c'est que l'espoir frustré.

L'a trouvé seul, cela, à travers ses carreaux embués !

…………………………………………..

So‑o‑leil ! Il faut te retrouver ! Je reviens :

C'est le cri du chanteur à fric

Bronzé versificateur, du tra la – la – lalère

Au dévers de ses skis crissant dans un schuss impeccable,

Ou bien nu, sur la Croisette, où le croisent

Plein d'admirateurs, des peintres peigne‑cul,

Qui justement demandent la permission

De prendre l'empreinte du sien.

Qu'il ne s'éreinte pas à poser ! juste s'asseoir là,

Sur ce bloc de matière plastique molle.

S'y est mis à plat ventre ! ce fol ! quel artiste !

Mon amour. Mon billet de retour. Je te suis revenu

Pour l'illusion d'un temps plus long, en bons copains.

C'est aussi l'urne noire d'une poignée de main

Sous un cyprès tout jaspé de jasmin,

Tu voudrais que, Malotru, j'annonce, au cimetière Arlésien,

Du nonce la main en éteignoir dans l'urinoir ?

Dans le coin noir. Trois brins d'encens dans le clappoir ?

Mais, l'immonde louange de la médiocrité,

Ce n'est pas la peine de le faire exprès :

Ça arrive bien sans : ... Rappelle‑toi le temps des oies, quand

De Liège à l'aller, tout en mangeant des frites,

De guingois au retour de Belgique

Souviens‑t'en : Le vieux Van‑de‑Tout trafiquait.

C'étaient dentelles de Flandres pour les belles

Et pantoufles pour les bourgeois

Et les reliques en fraude !

Drôlement rentable pour les frauleins

Agenouillées devant des rétables gravés par Holbein

A Auschwitz, Bergen‑Belsen ou autre cité pieuse.

Le faisaient chez elles. Pour cause de fumée pernicieuse.

Toi, naïf, né niais de nains sans malice,

Tu vois qu'il y a des oies sur la route à Ostende...

Qui marchent au pas : tu téléphones au commissariat

De police. Ils tendent des fils de soie, devant toi

Et on dévie les automobilistes et toi aussi.

Des flocons de duvet flottent

Aux fronts hauts des Universitaires de type glaciaire

Qui disent qu'il faut surtout se taire,

Qu'il n'y a rien à faire, que c'est signe de guerre.

– C'est pas des cygnes, c'est des oies... je crois...

On n'est sûr de rien et on se signe

Certains signent au bas de l'engagement du Reich

Avec la plume de der... de der, la plume de derrière...

…………………………………………..

A travers les lettres étagées des antiques épitaphes

Parmi les morts empilés en caveaux aériens,

Celui‑ci m'avait plu, ç'aurait pu être lui, mon père,

Malgré son air grand d'Espagne sur la photographie.

Aussi, l'ai‑je prié d'accepter, sans falbalas,

Avec mon Souvenir distingué, ce brin fin de séneçon marin,

Herbe aux mille vertus, bien d'ici, bien du coin

Qu'on peut confire en huile et vinaigre

Ou regarder blémir sous l'eau bouillante

Ou bien encore, – comme je le fis, à cause du refus –

… Rejeter d'un coup de pied, dans le mistral ailé,

Au caniveau hasardeux avec ses adjectifs homériques et

Son destin tout neuf – rénové – Comme le tien, le mien.

C'est ainsi que je dédramatise, moi – ouais,

Les antiques sacrifices !

Et si je tenais l'Abraham par ses loques,

T'en montrerais bien d'autres, qui t'interloqueraient !

Pour revenir au séneçon : quel vieux pitre dépité

Veut le replanter dans la fiente fétide ?

C'est son strict droit, qu'il dit,

Puisque je l'ai jeté et qu'il le tient : c'est le sien ? !

Justement, je lui dis, c'est mon séneçon ‑ jeté‑à‑moi.

Je m'en vais te le lui faire bouffer avec la terre

Et les racines, malgré ses vieilles dents pourries

Mollies‑crayeuses en ail d'agua‑boulide.

Ce crime fait, accompli, parfait avec délice,

J'ai fui vers les Montagnettes joyeuses et goguenardes

Vers leurs têtes cherche‑ciel‑délavé‑à‑sec.

M'y suis planté pour un été, les pieds peinards

Doigts écartés dans le fin thym de bergerette

Dont le parfum cueille le soir dispensateur d'oubli.

Pour en empaqueter la tisane occitane...

 

Les poèmes du Père Malotru
page d'accueil adrien bobèche
sa vie, son oeuvre page précédente page suivante
les fables d'adrien  
poèmes du père malotru
les nouvelles d'adrien
du même auteur
écrire à adrien
réalisation marina.deleplace@wanadoo.fr